GUERNICA   de Pablo PICASSO

Le bombardement de Guernica

La guerre civile espagnole éclate le 18 juillet 1936. Les troupes du Maroc, commandées par Franco débarquent dans la péninsule. A bien des égards, elle sert de terrain d'entraînement, et de préparation à l'armée allemande. L'Espagne de la guerre civile est une étape essentielle de la marche à la guerre.

Madrid et Barcelone constituent tout de suite le cœur de la résistance républicaine. Le pays Basque forme le front nord d'opposition aux franquistes.

Le jour du bombardement Guernica est particulièrement peuplé,  c'est jour de marché.

Les premières bombes explosent à 16 H 30. Les derniers avions quittent le ciel de Guernica vers 19 H. Les 50 appareils de la légion Condor ont lâché 50 tonnes de bombes incendiaires, et fait plus de 1800 morts sur 6000 personnes alors présentes. Le retentissement international de l'évènement est immense.

Guernica, 752 x 351cm, 1937, huile sur toile

Histoire du tableau

Créé en quelques semaines par Pablo Picasso, sur commande des républicains pour le pavillon Espagnol de l'Exposition universelle de Paris de 1937 (dédiée au progrès et à la paix), Guernica exprime la révolte du peintre espagnol. Cette immense toile monochrome est le symbole des horreurs de la guerre, inspiré du bombardement de la ville de Guernica, le 26 avril 1937, pendant la guerre d’Espagne, par l'aviation nazie, alliée de Franco.

Après la guerre civile, Guernica, manifestation de la culture dans la lutte politique, a sillonné le monde pour des expositions. Picasso a souhaité que le tableau ne bouge pas du MoMA de New York, sauf pour revenir en Espagne «quand les libertés publiques seraient rétablies». En effet Pablo Picasso refusait son retour en Espagne tant que vivrait le général Franco, aussi le tableau a passé une partie de sa vie en exil.
Il est ramené du MoMA en Espagne en 1981 et installé au musée du Prado, en attendant la construction du musée d'art moderne. Il est actuellement exposé au musée Reina Sofia à Madrid depuis 1992 dans une salle à son intention.

Analyse de Guernica

"La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements; c’est une arme offensive et défensive contre l’ennemi", c'est ce que déclara Picasso à propos de Guernica.

À travers ce tableau : il symbolise l'horreur des conflits humains. Il représente cette horreur grâce à l'emploi de formes très crues montrant la cruauté humaine.

Les Caractéristiques : Guernica est une huile sur toile mesurant 7m52 de long sur 3m51 de largeur. Le tableau est composé de couleurs monochromes symboliques qui accentuent l'impression de mort. Les formes géométriques, quant à elles, rappellent l'art primitif africain dont Picasso était captivé. La toile est découpée en plans triangulaires et se présente comme un montage de l'actualité de l'époque en noir et blanc. Ce découpage du tableau intensifie toute l'horreur de la guerre. Durant tous les événements, Picasso réside en France, la presse et des compatriotes l'informent, aussitôt il se met au travail  et il multiplie les études dés le 30 avril 1937

Un tableau monochrome : La monochromie du tableau s'explique de plusieurs façons. Tout d'abord à la gravité du sujet répond l'austérité de l'absence de couleur. Par ailleurs le noir et blanc évoque  la presse. Picasso, informé par voie de presse, a incorporé à son œuvre de nombreuses références à celle ci. Par exemple le pelage du cheval, fait de petit traits serrés, réguliers et alignés rappelle les caractères typographiques. Guernica est peint en noir et blanc. Les forts contrastes de lumière accentue la violence du tableau où les corps démembrés, les visages tordus par la peur ou la douleur.

Les différents éléments 

Le cheval blessé : Placé au centre de la composition, il symbolise le peuple. La liberté est mourante. Comme pour la mère portant son enfant mort, la douleur est exprimée par la langue pointue comme un couteau. La lance qui transperce le flanc du cheval rappelle celle qui blesse la poitrine du Christ. La crucifixion est l'archétype de la souffrance et de l'agonie. Mais le cheval est aussi la victime innocente de la corrida. Les différentes figures de l'animal traduisent la terreur, la douleur. Ce cheval représente le peuple opprimé et les Républicains.

Le taureau : Le taureau est un symbole de la force brute, de la cruauté. Au milieu de la débâcle il apparaît impassible. L'iconographie tauromachique est une composante fréquente de l'œuvre de Picasso. Le taureau à gauche est l'incarnation de la brutalité, de l'obscurité dans la corrida. Dans ce tableau, il représente les Nationalistes dans cette guerre.

La femme dans les flammes : La femme est brulée vive. Nous pouvons constater     qu'elle implore Dieu les bras levés au ciel. Ses yeux sont en forme de larmes ce qui signifie la souffrance et la douleur. Les bras levés au ciel, en croix, Picasso fait assurément ici une référence au Tres de Mayo de Goya. La comparaison entre ces deux tableaux nés d'une tragédie historique doit être menée avec prudence : Goya peint 6 ans après les faits, et transmet un message de résistance à l'oppression. Picasso peint dans l'urgence, et lance un cri de douleur face à l'anéantissement. Les yeux, en larme, et la bouche édentée (= personne désarmée) de la femme tombant dans les flammes (Guernica a été bombardé à la bombe incendiaire) exprime la mort d'un peuple désarmé, la lâcheté du bombardement.

La femme blessée : Sa blessure à la jambe l'empêche de marcher, elle est fascinée par la lumière de l'ampoule. Elle crie la liberté, l'idéal inaccessible. Malgré son handicap, elle continue de marcher vers la liberté.

La lumière et la femme : La femme tient dans sa main une bougie. Elle désigne l'indignation de la communauté internationale qui veut faire la lumière sur ce qui vient de se passer.

Le soldat : Le soldat, on le voit l'épée brisée. Il montre la détermination, la valeur, la lutte jusqu'à la mort. Il symbolise l'impossibilité de continuer la lutte, l'inégalité des armes, il représente les Républicains. En effet, les républicains n'avaient pas les moyens militaires que possédaient les nationalistes. Le corps de ce combattant est morcelé et décapité. Ce personnage porte sur son visage toute la violence de la guerre : la dentition précise, et la décapitation sont les signes de la brutalité.


La fleur et l’épée: La fleur, en bas au centre, symbolise la fragilité, la vie et l'espérance. La fleur est unique mais présente au centre de la composition comme une lueur d'espoir. Sa délicatesse, sa fragilité résonne face au désordre et à l'horreur de la scène. L'épée brisée complète la symbolique de paix.

La colombe : La colombe symbolise la paix. Or ici, elle se situe entre le taureau et le cheval et on peut remarquer qu'elle s'efface dans l'obscurité ce qui signifie que la paix est impossible entre les deux parties, qui s'opposent dans cette guerre, les Républicains et les Nationalistes.

La femme dans les flammes : La femme est brulée vive. Nous pouvons constater     qu'elle implore Dieu les bras levés au ciel. Ses yeux sont en forme de larmes ce qui signifie la souffrance et la douleur. Les bras levés au ciel, en croix, Picasso fait assurément ici une référence au Tres de Mayo de Goya. La comparaison entre ces deux tableaux nés d'une tragédie historique doit être menée avec prudence : Goya peint 6 ans après les faits, et transmet un message de résistance à l'oppression. Picasso peint dans l'urgence, et lance un cri de douleur face à l'anéantissement. Les yeux, en larme, et la bouche édentée (= personne désarmée) de la femme tombant dans les flammes (Guernica a été bombardé à la bombe incendiaire) exprime la mort d'un peuple désarmé, la lâcheté du bombardement.

La lampe : elle est placée au centre du tableau. Cette lampe domine la scène. Elle a la forme d'un œil ce qui peut représenter l'œil du peintre qui souhaite montrer sa perception de l'événement. Elle peut signifier la lueur d'espoir malgré la tragédie de ce bombardement.


Analyse et composition 

Guernica  est un tableau apparemment libre ou les différents éléments occupent l’espace librement et de façon chaotique comme cela devrait se passer lors de la catastrophe. Mais il n’en est rien. Picasso souhaite que le tableau soit lu, découvert par le spectateur selon une logique. Cette logique c’est la composition qui permet de positionner sur la toile tous les éléments en fonction de leur importance et du déroulement du drame.

Trois schémas sur superposent.

Schéma 1 : la toile est divisée en deux sur l’axe de symétrie qui se transforme en un triangle. Ainsi, le cheval, la femme et le soldat mort qui expriment tous les trois le peuple martyrisé sont mis en évidence.

Scéma2 : la toile est divisée en quatre parties.

  1. Le taureau
  2. L’œil et la lumière
  3. La fenêtre où se penche la femme
  4. La femme désespérée qui tend les bras

Schéma3 : les deux extrémités sont divisées encore une fois en deux afin de donner une assise à la silhouette du taureau et de la femme.